En bref
PREMs et PROMs sont deux types de mesures rapportées directement par les patients, mais elles ne mesurent pas la même chose.
- Les PREMs (Patient-Reported Experience Measures) mesurent l’expérience vécue par le patient au cours de ses soins ou de son parcours : qualité de l’information, communication, délais, coordination, participation aux décisions…
- Les PROMs (Patient-Reported Outcome Measures) mesurent des résultats de santé rapportés par le patient : symptômes, douleur, capacités fonctionnelles, santé physique ou mentale, qualité de vie…
- La satisfaction patient est encore différente : elle dépend notamment de l’écart entre ce que le patient attendait et ce qu’il estime avoir reçu.
Ces indicateurs permettent de mieux documenter ce que les données cliniques ou d’utilisation ne montrent pas toujours : ce que les patients vivent et les résultats qu’ils rapportent eux-mêmes.
Ils s’inscrivent ainsi dans une démarche plus large de compréhension de l’
expérience patient.
La question à se poser n’est donc pas simplement : « Quel questionnaire envoyer ? »
Mais d’abord : « Qu’avons-nous besoin de comprendre ou de mesurer pour prendre une décision ? »
Que signifie PREM ?
PREM signifie Patient-Reported Experience Measure, que l’on peut traduire par mesure de l’expérience rapportée par le patient.
Selon la Haute Autorité de santé (HAS), les PREMs sont des instruments mesurant une ou plusieurs dimensions de l’expérience du patient.
Ils peuvent notamment explorer :
- la qualité des informations reçues ;
- les relations et interactions avec les professionnels ;
- les délais d’attente ;
- la coordination du parcours
- l’attention portée à certaines difficultés ;
- la manière dont le patient a vécu différentes étapes de sa prise en charge.¹
L’objectif n’est donc pas simplement de demander au patient s’il est satisfait, mais de documenter ce qu’il a effectivement vécu pendant son parcours.
Exemple de PREM
Un questionnaire PREM pourrait par exemple explorer des dimensions comme : « Les professionnels vous ont-ils expliqué les prochaines étapes de votre prise en charge de manière compréhensible ? » ou : « Avez-vous pu poser les questions que vous souhaitiez au cours de votre prise en charge ? »
Ces exemples illustrent le type d’expérience que l’on peut chercher à documenter, mais ne constituent pas à eux seuls un instrument PREM validé.
En France, le dispositif national e-Satis, piloté par la HAS, permet notamment de recueillir la satisfaction et l’expérience des patients hospitalisés.
Depuis octobre 2026, la première campagne nationale e-Satis MATER mesure spécifiquement l’expérience rapportée par les patientes en maternité à travers des PREMs.²
Que signifie PROM ?
PROM signifie Patient-Reported Outcome Measure, c’est-à-dire mesure d’un résultat de santé rapporté directement par le patient.
Les PROMs permettent de recueillir des informations que les indicateurs cliniques classiques ne décrivent pas toujours complètement.
Ils peuvent notamment mesurer :
- la douleur ;
- la fatigue ;
- certains symptômes ;
- les capacités physiques ou fonctionnelles ;
- l’autonomie ;
- la santé mentale ;
- le bien-être ;
- la qualité de vie liée à la santé.¹
Un résultat biologique, une imagerie ou un examen clinique peut indiquer comment évolue une maladie.
Un PROM apporte une autre information : comment le patient rapporte lui-même une dimension de son état de santé ou de sa qualité de vie.
Exemples de PROMs
Il existe des PROMs génériques, utilisables dans différentes populations, et des PROMs spécifiques, conçus pour une pathologie ou une dimension particulière.
Parmi les instruments génériques présentés par la HAS figurent notamment :
-
SF-36 ;
-
EQ-5D ;
-
PROMIS-29.
Dans certaines pathologies, des instruments spécifiques existent également. En oncologie, par exemple, l’EORTC QLQ-C30 est utilisé pour mesurer différentes dimensions de la qualité de vie des personnes atteintes de cancer.
Le choix d’un PROM ne doit cependant pas reposer uniquement sur sa notoriété.
Il faut vérifier son adéquation :
- à la population ;
- à la dimension étudiée ;
- à la langue utilisée ;
- au moment du parcours ;
- aux modalités de recueil ;
- et au niveau de preuve recherché.
Quelle est la différence entre PREMs et PROMs ?
La distinction peut être résumée simplement :
|
PREMs |
PROMs |
| Question principale |
Comment le patient a-t-il vécu ses soins ou son parcours ? |
Quel résultat de santé le patient rapporte-t-il ? |
| Mesure |
Expérience |
Résultat de santé |
| Exemples |
Information, communication, coordination, délais |
Douleur, fatigue, mobilité, symptômes, qualité de vie |
| Finalité possible |
Identifier des points de friction et améliorer l’expérience ou l’organisation |
Suivre une dimension de santé importante pour le patient |
| Source |
Patient |
Patient |
Prenons un exemple.
Après une intervention chirurgicale, un PREM pourrait permettre de savoir si le patient considère avoir reçu des informations suffisamment claires pour préparer son retour à domicile.
Un PROM pourrait permettre de suivre son niveau de douleur, sa mobilité ou sa qualité de vie après l’intervention.
Les deux mesures répondent donc à des questions différentes et peuvent être complémentaires.
PREMs, PROMs et satisfaction patient : quelles différences ?
La satisfaction est souvent confondue avec l’expérience patient.
Pourtant, la HAS distingue ces notions.
La satisfaction reflète le degré de concordance entre les attentes du patient et sa perception de la qualité des soins ou du service reçu. Elle est donc influencée par ses attentes et ses préférences.¹
Un patient peut ainsi se déclarer globalement satisfait tout en rapportant, via un PREM, qu’il :
- n’a pas reçu certaines informations au bon moment ;
- a rencontré des difficultés de coordination ;
- a attendu longtemps avant d’obtenir une réponse ;
- ou a eu du mal à identifier le bon interlocuteur.
À l’inverse, deux patients ayant vécu une situation similaire peuvent exprimer un niveau de satisfaction différent parce qu’ils n’avaient pas les mêmes attentes.
Mesurer la satisfaction ne revient donc pas à mesurer précisément l’expérience du parcours.
À quoi servent les PREMs et les PROMs ?
L’intérêt de ces indicateurs ne réside pas uniquement dans la production d’un score.
Selon le contexte, ils peuvent être utilisés à plusieurs niveaux.
Au niveau du patient et de la relation de soin
Les mesures rapportées par les patients peuvent notamment contribuer à :
- faciliter certains échanges entre patients et professionnels ;
- mieux suivre certaines dimensions importantes pour le patient ;
- faire émerger des symptômes ou difficultés qui n’auraient pas été spontanément exprimés ;
- soutenir, selon les situations, une prise de décision davantage centrée sur le patient.
Au niveau d’un établissement ou d’une organisation
Elles peuvent contribuer à :
- identifier certains points de friction ;
- suivre l’expérience des patients ;
- explorer une dimension particulière d’un parcours ;
- alimenter une démarche d’amélioration de la qualité ;
- comparer certaines données lorsque les outils et la méthodologie le permettent.
Au niveau des systèmes de santé et de la recherche
Les données rapportées par les patients peuvent également contribuer, selon les dispositifs et méthodologies utilisés, à :
- documenter la qualité des soins ;
- évaluer certaines dimensions des parcours ;
- mesurer des résultats importants pour les patients ;
- produire des connaissances utiles à la recherche ou aux politiques de santé.
L’enquête internationale PaRIS de l’OCDE illustre cette approche à grande échelle. Les résultats publiés en 2025 reposent sur les réponses de plus de 107 000 personnes dans 1 800 structures de soins primaires de 19 pays et combinent des mesures de résultats et d’expérience rapportées par les patients.³
Comment choisir entre PREM et PROM ?
Il ne faut pas commencer par le questionnaire.
Il faut commencer par la question.
Vous voulez comprendre comment un patient vit son parcours ?
Un PREM peut être pertinent.
Par exemple :
- comprend-il les informations reçues ?
- comment perçoit-il la coordination entre les professionnels ?
- identifie-t-il facilement les bons interlocuteurs ?
- certaines étapes du parcours génèrent-elles davantage de difficultés ?
Vous voulez mesurer un résultat de santé rapporté par le patient ?
Un PROM sera généralement plus adapté.
Par exemple :
- comment évolue sa douleur ?
- sa fatigue ?
- sa mobilité ?
- son autonomie ?
- sa qualité de vie ?
Vous voulez comprendre pourquoi un résultat est observé ?
Un PREM ou un PROM ne suffira pas toujours.
Il peut être pertinent de les compléter par :
- des verbatim ;
- des entretiens ;
- des questions ouvertes ;
- des données de parcours ;
- des données d’usage ;
- ou d’autres sources qualitatives.
Comment mettre en place des PREMs ou des PROMs ?
1. Partir d’une question précise
Avant de recueillir une nouvelle donnée, il faut déterminer ce qu’elle doit permettre d’éclairer.
Par exemple : « Nous voulons savoir si les patients comprennent suffisamment leur parcours après leur sortie. » n’appelle pas le même instrument que : « Nous voulons suivre l’évolution de leur qualité de vie pendant six mois. »
La première question relève davantage de l’expérience.
La seconde porte sur un résultat rapporté par le patient.
2. Choisir un instrument adapté
Lorsqu’un questionnaire validé existe, plusieurs critères doivent être examinés :
- population concernée ;
- dimension mesurée ;
- propriétés métrologiques de l’instrument ;
- langue et adaptation culturelle ;
- longueur du questionnaire ;
- modalités d’administration ;
- méthodes de calcul et d’interprétation ;
- conditions d’utilisation et éventuels droits de licence.
Créer quelques questions en interne ne transforme pas automatiquement un questionnaire en PREM ou PROM validé.
Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’un projet vise à comparer des résultats, à évaluer un programme ou à produire des connaissances scientifiques.
3. Choisir le bon moment de recueil
Le moment où la question est posée influence ce qu’elle permet de mesurer.
Un PREM envoyé après une hospitalisation peut explorer l’expérience de cet épisode.
Un PROM peut, selon son objectif, être recueilli à plusieurs moments afin d’observer l’évolution d’une dimension dans le temps.
Le calendrier doit donc être défini avant le recueil, en cohérence avec la question posée.
4. Limiter la charge pour les patients
Multiplier les questionnaires peut augmenter la quantité de données disponible sans nécessairement produire davantage de connaissances utiles.
Un dispositif de mesure doit tenir compte :
- du nombre de questions ;
- de leur fréquence ;
- du moment où elles sont posées ;
- de la situation des patients ;
- de l’utilité réelle de chaque information recueillie.
La bonne question est donc : « Avons-nous réellement besoin de cette donnée et savons-nous ce que nous en ferons ? »
5. Prévoir l’analyse avant de commencer à collecter
Le plan d’analyse ne devrait pas être construit une fois les réponses obtenues.
Avant le lancement, il est utile de définir :
question → population → donnée → moment de recueil → indicateur → méthode d’analyse → décision attendue
Cela permet d’éviter une situation fréquente : disposer de nombreuses données patient sans savoir précisément comment les interpréter ou comment agir à partir d’elles.
Comment interpréter correctement les résultats ?
Un score n’est pas une conclusion à lui seul.
Si un PREM montre, par exemple, que la coordination est moins bien évaluée à une étape donnée, cela permet d’identifier un signal ou un point de friction potentiel.
Cela ne dit pas automatiquement :
- pourquoi cette difficulté apparaît ;
- si tous les patients sont concernés ;
- quelle en est la cause ;
- ni quelle action permettra de la résoudre.
De la même manière, l’évolution d’un PROM avant et après un programme ne suffit pas nécessairement à démontrer que le programme est à l’origine de cette évolution.
Une évolution temporelle ne démontre pas automatiquement une relation causale.
La nature des conclusions possibles dépend toujours :
- du design de l’étude ;
- de la population ;
- des données disponibles ;
- des biais potentiels ;
- de l’instrument utilisé ;
- et de la méthode d’analyse.
Faut-il croiser PREMs, PROMs et données qualitatives ?
Cela peut être particulièrement utile lorsque plusieurs sources sont nécessaires pour répondre à une même question.
Chaque type de donnée apporte un éclairage différent.
PREM
→ Comment le patient vit-il son parcours ?
PROM
→ Quel résultat concernant sa santé rapporte-t-il ?
Données d’usage
→ Comment utilise-t-il réellement un dispositif ou un programme ?
Verbatim et entretiens
→ Quelles difficultés, attentes ou explications émergent de son discours ?
Prenons un exemple fictif.
Un PROM met en évidence une dégradation de la qualité de vie dans une population donnée.
Un PREM fait parallèlement apparaître des difficultés à certaines étapes du parcours.
Des entretiens permettent d’identifier des contraintes récurrentes liées au quotidien, au traitement ou à l’organisation des soins.
Le rapprochement de ces informations ne démontre pas automatiquement qu’elles sont causalement liées.
Il peut en revanche permettre de faire émerger des tendances ou hypothèses, de mieux caractériser certains besoins et d’orienter les analyses suivantes.
C’est précisément la différence entre collecter des données patient et parvenir à produire des enseignements réellement exploitables.
Des données rapportées par les patients aux patient insights
Un PREM ou un PROM produit une donnée structurée.
Mais cette donnée n’est pas encore nécessairement un insight.
Un patient insight correspond à un enseignement issu de l’analyse et de la mise en contexte des informations disponibles, permettant de mieux comprendre une situation, un besoin, une difficulté ou une expérience.
Selon le projet, cette analyse peut notamment contribuer à documenter :
- des besoins non couverts ;
- des points de friction dans le parcours ;
- la qualité de vie ;
- certains symptômes ou impacts fonctionnels ;
- le treatment burden ;
- certaines différences entre populations ou étapes du parcours ;
- des difficultés d’engagement ou de continuité dans un programme.
Quelle place pour les PREMs et PROMs chez TOMO ?
Avec TOMO Insight, l’objectif n’est pas d’accumuler des données patient, mais de partir de la question à laquelle un acteur de santé cherche à répondre.
Selon le projet et le cadre méthodologique défini, l’analyse peut mobiliser différentes sources :
- questionnaires ;
- PROMs adaptés à l’objectif étudié ;
- PREMs lorsque la question porte sur l’expérience du parcours ;
- données de parcours ;
- données d’usage ;
- entretiens ou données qualitatives ;
- certaines données issues des échanges lorsque leur utilisation est prévue par le protocole et le consentement des personnes concernées.
L’objectif est ensuite de structurer, analyser et mettre en perspective ces données afin de mieux comprendre l’expérience et les besoins des patients.
Lorsque la méthodologie le permet, certaines données peuvent également contribuer à un projet de recherche ou de génération de données en vie réelle.
Toutes les données recueillies auprès des patients ne constituent cependant pas automatiquement de la RWE, et toutes les analyses ne permettent pas d’établir une relation causale.
Le niveau de preuve dépend toujours de la question posée, des données disponibles, du protocole et du design méthodologique.
Vous souhaitez mieux mesurer l’expérience ou les résultats rapportés par vos patients ?
La première étape n’est pas de choisir un questionnaire.
Elle consiste à définir ce que vous cherchez à comprendre, pour quelle population, dans quel objectif et avec quel niveau de preuve.
Questions fréquentes sur les PREMs et PROMs
Qu’est-ce qu’un PREM ?
Un PREM (Patient-Reported Experience Measure) est un instrument permettant de mesurer l’expérience rapportée directement par le patient. Il peut notamment porter sur l’information reçue, les délais, la communication ou les interactions avec les professionnels.
Qu’est-ce qu’un PROM ?
Un PROM (Patient-Reported Outcome Measure) est un instrument permettant de mesurer un résultat de santé rapporté directement par le patient, comme la douleur, la fatigue, les capacités fonctionnelles ou la qualité de vie.
Quelle est la différence entre un PREM et un PROM ?
Un PREM mesure ce que le patient a vécu au cours de ses soins ou de son parcours. Un PROM mesure un résultat de santé rapporté par le patient. Ils répondent à des questions différentes et peuvent être complémentaires.
Quels sont des exemples de questionnaires PROMs ?
Parmi les PROMs génériques présentés par la HAS figurent notamment le SF-36, l’EQ-5D et PROMIS-29. Il existe également des instruments spécifiques à certaines pathologies ou dimensions de santé.
e-Satis est-il un PREM ?
Le dispositif e-Satis mesure la satisfaction et l’expérience des patients hospitalisés. Certains dispositifs, comme e-Satis MATER, produisent explicitement des PREMs à partir de l’expérience rapportée par les patientes.
Peut-on créer soi-même un PREM ou un PROM ?
Il est possible de créer un questionnaire pour explorer une expérience ou recueillir un retour patient, mais cela ne signifie pas que l’on dispose d’un instrument validé. Lorsqu’une mesure doit être utilisée pour comparer des résultats, évaluer un programme ou contribuer à un projet de recherche, les propriétés méthodologiques de l’instrument sont essentielles.
Peut-on utiliser PREMs et PROMs ensemble ?
Oui. Ils répondent à des questions différentes. Un PREM peut documenter l’expérience du parcours tandis qu’un PROM mesure un résultat important pour le patient. Leur combinaison doit cependant être pensée en fonction de la question étudiée et du plan d’analyse.
Sources :
2. Haute Autorité de santé. IQSS – e-Satis MATER : mesure de l’expérience rapportée par les patientes en maternité. Première campagne nationale ouverte le 6 octobre 2026.
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