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Peut-on mesurer la valeur médico-économique (ROI) de la pair-aidance ?

Publié le 10/09/2026

La pair-aidance répond à des besoins aujourd’hui assez bien documentés : partage d’expérience, soutien émotionnel, réduction du sentiment d’isolement ou développement de l’auto-efficacité.¹˒²

Lorsque ces dispositifs sont intégrés à des parcours de soins ou à des programmes structurés d’accompagnement, une autre question se pose : comment mesurer la valeur produite par l’intervention ?

Et, plus précisément : peut-on parler de retour sur investissement (ou ROI) de la pair-aidance ?

La littérature apporte des éléments de réponse. Certaines interventions ont été associées à une amélioration de critères liés à l’expérience patient, à l’auto-efficacité ou à la santé psychologique. Quelques travaux ont également étudié leurs conséquences économiques.²⁻⁷

Les résultats restent toutefois dépendants des populations, des modalités d’intervention, des systèmes de santé et des méthodologies utilisées.

L’évaluation du ROI suppose donc de définir précisément la valeur recherchée, les indicateurs permettant de la mesurer et le niveau de preuve nécessaire pour relier les résultats observés à l’intervention.

Les différentes dimensions de la valeur de la pair-aidance


Parler de ROI peut conduire à se concentrer immédiatement sur des critères tels que les hospitalisations, les consultations ou les dépenses de santé. Or les effets étudiés dans la littérature se situent à différents niveaux.

La Haute Autorité de santé décrit la pair-aidance comme un soutien apporté par une personne ayant connu ou connaissant une situation similaire et ayant transformé cette expérience en connaissances et compétences expérientielles

Les premiers indicateurs étudiés concernent donc souvent l’expérience de la personne accompagnée : soutien social, qualité de vie, auto-efficacité, sentiment d’isolement ou capacité à mieux gérer certaines situations du quotidien.

D’autres travaux s’intéressent ensuite à l’engagement dans le parcours, aux comportements de santé ou à l’utilisation des services.

Les évaluations économiques interviennent à un niveau supplémentaire, en mettant en regard les ressources mobilisées par le programme et ses conséquences.

Ces différents niveaux ne mesurent pas la même chose.

Un indicateur de satisfaction mesure la manière dont le programme est perçu. Pour évaluer le ROI, il faut aussi suivre des indicateurs de coûts et des indicateurs de résultats.

Que dit la littérature scientifique sur l’impact de la pair-aidance ?


La littérature consacrée au soutien par les pairs est importante, mais les critères étudiés et les formats d’intervention sont très diversifiés.

Une revue de revues publiée en 2022 sur les maladies chroniques a identifié 31 synthèses de littérature et 55 domaines de résultats différents. Parmi les critères fréquemment étudiés figuraient : 

  • la qualité de vie, 
  • l’auto-efficacité, 
  • la dépression, 
  • la détresse psychologique 
  • et les connaissances en santé.²

La majorité des revues rapportaient des effets favorables du soutien par les pairs sur certains critères, mais ces résultats n’étaient pas toujours statistiquement significatifs. Les auteurs soulignent aussi que les interventions et les méthodes d’évaluation varient beaucoup d’une étude à l’autre.²

Cette diversité limite les comparaisons directes.

En effet, un programme téléphonique individuel, un groupe de soutien, un dispositif intégré à un établissement ou une plateforme digitale ne reposent pas nécessairement sur les mêmes mécanismes ni sur les mêmes ressources.

En oncologie, une méta-analyse portant sur 17 études a retrouvé des effets favorables sur la qualité de vie, l’auto-efficacité ainsi que certains indicateurs d’anxiété et de dépression.³

Une revue systématique de 18 essais randomisés publiée en 2023 a notamment observé des effets favorables sur certains critères de qualité de vie liés au cancer, ainsi que, dans une moindre mesure, sur l’anxiété, la dépression ou les capacités d’adaptation. Ces effets restaient globalement faibles et variables selon les interventions et les populations étudiées.⁴ 

Ces travaux invitent ainsi à préciser quel résultat est recherché, auprès de quelle population et dans quel contexte d’intervention, avant d’envisager une analyse économique.

Quand les études intègrent une dimension économique


Les évaluations économiques restent moins nombreuses que les études portant sur les outcomes patients.

Plusieurs travaux permettent néanmoins d’illustrer les méthodologies utilisées.

PALS dans le lupus : une analyse coût-bénéfice pilote

Le programme américain Peer Approaches to Lupus Self-management - PALS a évalué une intervention de mentorat par les pairs auprès de 20 femmes afro-américaines vivant avec un lupus systémique, accompagnées par sept mentors. Le programme comprenait douze séances téléphoniques hebdomadaires.⁵

Les auteurs ont observé des diminutions statistiquement significatives de plusieurs scores déclarés par les participantes, notamment concernant l’activité perçue de la maladie, la dépression et l’anxiété.

L’analyse économique comparait également les charges hospitalières avant et après l’intervention. Les auteurs estiment que, pour 1 dollar investi dans le programme, environ 18,13 dollars de bénéfices économiques ont été observés.⁵

L’étude présente toutefois plusieurs limites méthodologiques, notamment son faible effectif, la spécificité de la population étudiée et son design pilote pré/post. Les auteurs indiquent que les résultats nécessitent une confirmation sur des populations plus importantes.⁵

RAPSID : une évaluation du soutien entre pairs dans le diabète

L’étude RAPSID a porté sur 1 299 personnes atteintes de diabète de type 2 en Angleterre. Les participants étaient répartis entre quatre groupes : soutien individuel en face-à-face, soutien en groupe, combinaison des deux formats, ou prise en charge habituelle sans programme de pair-aidance.⁶

Le programme coûtait 13,84 £ par participant et par an à mettre en œuvre. Sur la même période, les auteurs ont observé une baisse des dépenses de santé prises en charge par le NHS chez les participants bénéficiant d’un soutien par les pairs. Après prise en compte du coût du programme et des dépenses supportées par les participants, l’économie nette estimée était de 113,13 £ par participant et par an pour l’ensemble des interventions. Elle variait selon le format : 90,52 £ pour le soutien en groupe et 233,65 £ pour le soutien individuel.⁶

Les auteurs précisent toutefois qu’une grande partie de ces économies provenait de différences d’utilisation des soins déclarées par les participants, ce qui invite à interpréter ces estimations avec prudence.⁶

DAiP : une évaluation médico-économique française

En France, l’étude DAiP a inclus 394 personnes vivant avec des troubles psychiatriques sévères. L’étude comparait les soins habituels à un dispositif dans lequel des pair-aidants accompagnaient les patients pour préparer à l’avance leurs souhaits et préférences de prise en charge en cas de future crise psychiatrique.⁷

À douze mois, le groupe ayant bénéficié de l’intervention présentait de meilleurs résultats en QALYs, un indicateur qui combine durée et qualité de vie, ainsi que des coûts cumulés inférieurs de 4 286 € en moyenne par rapport au groupe contrôle. Dans l’analyse économique réalisée par les auteurs, l’intervention était ainsi considérée comme « dominante », c’est-à-dire à la fois plus efficace et moins coûteuse que les soins habituels.⁷

Ces trois études reposent sur des interventions, des populations et des méthodologies différentes. Elles montrent surtout que l’évaluation économique de dispositifs intégrant la pair-aidance est possible lorsque les coûts, les outcomes, la population et le comparateur sont définis de manière explicite.

Ce que les données TOMO permettent de documenter


Avant d’atteindre une mesure économique, les données d’usage permettent de documenter plusieurs niveaux intermédiaires de la chaîne de valeur.

Les analyses réalisées par TOMO en donnent deux exemples.

Dans l’analyse TOMO des échanges de pair-aidance en oncologie, menée entre avril 2023 et juin 2026 :

  • 91% des 200 répondants post-rendez-vous qualifiaient leur échange de « très utile » et 7,5% de « plutôt utile ».⁹
  • Parmi les impacts déclarés, 31% indiquaient mieux appréhender leur maladie et 30,5% se sentir moins seuls.⁹
  • À +1 mois, 58 patients ont évalué leur accompagnement : la pertinence et l’expertise du pair-aidant obtenaient une note moyenne de 9,6/10, et le soutien émotionnel de 9,5/10.⁹

Ces résultats permettent de documenter plusieurs dimensions de l’expérience après l’accompagnement (utilité perçue, compréhension de la maladie et soutien émotionnel) et constituent une base pour des évaluations complémentaires dans la durée.⁹

Dans une étude exploratoire TOMO consacrée au diabète de type 1, 40 échanges menés auprès de patients et, majoritairement, de parents d’enfants atteints de DT1, représentant plus de 34,8 heures de verbatims, ont permis d’identifier plusieurs besoins fréquemment exprimés :

  • difficultés logistiques, 
  • besoin d’information,
  • fardeau de la maladie, 
  • détresse psychologique 
  • ou isolement.¹⁰ 

Parmi les 20 évaluations post-rendez-vous disponibles, 30% des répondants indiquaient mieux pouvoir accompagner leur enfant, 25% se sentir moins seuls et 15% mieux comprendre la maladie ou le traitement.¹⁰ Ces résultats documentent des effets perçus de l’accompagnement et constituent des indicateurs utiles pour de futures évaluations plus larges, notamment sur les dimensions cliniques ou économiques.

Ces données permettent de documenter plusieurs dimensions de la valeur perçue de l’accompagnement : besoins exprimés, utilité, soutien, engagement et compréhension. Elles peuvent ensuite servir de base à des évaluations plus larges intégrant, selon les objectifs du programme, des indicateurs de parcours ou économiques.

Construire une chaîne de mesure plutôt qu’un indicateur unique


L’évaluation peut être structurée en plusieurs niveaux complémentaires.

Accès et adoption
Il s’agit d’abord de vérifier si le dispositif atteint réellement les personnes concernées et s’il est utilisé. Les indicateurs peuvent par exemple porter sur le taux d’activation, la prise de rendez-vous, le délai d’accès au service ou encore le taux de réalisation des échanges.

Expérience
Ce niveau permet d’évaluer la manière dont le programme est vécu par les participants et s’il répond aux besoins identifiés. On peut suivre des indicateurs comme l’utilité perçue, le soutien ressenti, le sentiment d’isolement, la confiance ou encore des PREMs.

Capacités et engagement
L’objectif est ici d’observer si le programme accompagne une évolution dans la manière d’aborder le parcours. Cela peut notamment se mesurer à travers l’auto-efficacité, les connaissances, l’engagement dans le dispositif ou son utilisation dans la durée.

Parcours et ressources
L’évaluation peut ensuite porter sur l’utilisation du système de soins ou du dispositif lui-même. Parmi les indicateurs possibles : les rendez-vous non honorés, le recours à des soins non programmés, la durée de participation au programme ou encore le nombre de sollicitations.

Valeur économique
Enfin, lorsque l’objectif est d’évaluer la dimension économique, il s’agit de mettre en regard les résultats obtenus et les ressources mobilisées. Les indicateurs peuvent alors inclure le coût par participant, le coût par résultat obtenu, les coûts évités, le coût par QALY ou encore le ROI.

Toutes les évaluations n’ont pas nécessairement vocation à couvrir ces cinq niveaux.

Le choix dépend de l’objectif initial du programme.

Un dispositif visant principalement à répondre à un besoin d’isolement pourra être évalué sur des critères d’expérience et de soutien social. Un programme cherchant à agir sur l’engagement ou l’utilisation d’un dispositif nécessitera d’autres indicateurs et un suivi plus long.

Si une réduction des coûts ou de l’utilisation des ressources de santé est recherchée, l’analyse devra intégrer des données économiques et une méthodologie permettant d’étudier l’attribution des effets observés.

Une mesure qui dépend de la place du programme dans le parcours


Les indicateurs pertinents varient aussi selon le contexte dans lequel la pair-aidance est intégrée.

Dans un programme de soutien patient, l’évaluation peut par exemple porter sur l’adoption du programme, son utilisation dans la durée, l’expérience des participants ou certains critères d’auto-efficacité.

Lorsqu’un accompagnement complète un parcours de soins, d’autres indicateurs peuvent être étudiés : besoins exprimés entre les consultations, continuité de l’accompagnement, recours aux équipes ou utilisation de certaines ressources.

Dans des programmes portés avec des associations, l’accessibilité, le sentiment de soutien, l’autonomie ou la capacité à atteindre certains publics peuvent constituer d’autres dimensions d’évaluation.

Il ne s’agit pas d’associer systématiquement un type d’indicateur à un type d’acteur, mais de faire découler la mesure de l’objectif précis du programme et de sa place dans le parcours.

Quelles conditions pour parler de ROI ?


Une analyse économique suppose d’abord de connaître le coût complet de l’intervention : recrutement et formation des pairs, supervision, coordination, technologie, administration, qualité et évaluation.

Les outcomes doivent également être déterminés en amont, avec une mesure de référence lorsque cela est possible.

L’horizon temporel doit correspondre au phénomène étudié. Certains changements d’expérience peuvent être observés rapidement ; les effets sur l’engagement, le recours aux soins ou certains coûts nécessitent généralement un suivi plus long.

Enfin, lorsqu’un effet doit être attribué au programme, l’évaluation doit pouvoir estimer ce qui se serait passé en l’absence de celui-ci. Selon la question posée, différentes méthodologies peuvent être utilisées : groupe contrôle, comparaison avec les soins habituels, étude quasi expérimentale ou autre design adapté.

Le référentiel CHEERS 2022 (Consolidated Health Economic Evaluation Reporting Standards), qui définit les bonnes pratiques internationales de présentation des évaluations économiques en santé, recommande notamment de préciser la population étudiée, le comparateur, la perspective économique, l’horizon temporel, les coûts et les résultats mesurés.⁸

Cette approche permet de distinguer trois niveaux d’analyse :

Le programme produit-il les changements recherchés ?
→ mesure d’impact.

Quel coût est associé au résultat obtenu ?
→ analyse coût-efficacité.

Comment les bénéfices valorisés économiquement se comparent-ils aux ressources investies ?
→ analyse de retour sur investissement.

De la mesure d’expérience à l’évaluation de la valeur


La littérature scientifique documente aujourd’hui plusieurs effets associés à des programmes de pair-aidance, notamment sur des critères d’expérience patient, d’auto-efficacité ou de santé psychologique.²⁻⁴

Certaines études, comme PALS, RAPSID ou DAiP, ont également intégré une dimension économique et observé des résultats favorables dans les contextes étudiés.⁵⁻⁷

Leur hétérogénéité ne permet toutefois pas d’extrapoler un niveau de ROI commun aux différents programmes de pair-aidance.

L’évaluation repose donc sur une logique progressive : identifier le besoin auquel le dispositif répond, définir le changement attendu, choisir les indicateurs correspondants puis, lorsque l’objectif le justifie, relier ces résultats aux ressources mobilisées et à une situation de comparaison.

Les données d’expérience et d’usage constituent une première étape. Elles peuvent ensuite être complétées par des études permettant de mesurer d’autres effets sur le parcours de soins, la santé ou les coûts.

La question du ROI peut ainsi être formulée de manière plus précise : quelle valeur cherche-t-on à mesurer, selon quels indicateurs et avec quel niveau de preuve ?

Sources :

1. Haute Autorité de santé. La pair-aidance dans les organisations sanitaires, sociales et médico-sociales – Note de cadrage. HAS.

2.
Thompson DM, Booth L, Moore D, Mathers J. Peer support for people with chronic conditions: a systematic review of reviews. BMC Health Services Research. 2022;22:427. doi:10.1186/s12913-022-07816-7.

3.
Zhang S, Li J, Hu X. Peer support interventions on quality of life, depression, anxiety, and self-efficacy among patients with cancer: a systematic review and meta-analysis. Patient Education and Counseling. 2022;105(11):3213–3224.

4.
Kiemen A, Czornik M, Weis J. How effective is peer-to-peer support in cancer patients and survivors? A systematic review. Journal of Cancer Research and Clinical Oncology. 2023;149:9461–9485.

5.
Williams EM, Dismuke CL, Faith TD, et al. Cost-effectiveness of a peer mentoring intervention to improve disease self-management practices and self-efficacy among African American women with systemic lupus erythematosus: analysis of the Peer Approaches to Lupus Self-management (PALS) pilot study. Lupus. 2019;28(8):937–944. doi:10.1177/0961203319851559.

6.
Wingate L, Graffy J, Holman D, Simmons D. Can peer support be cost saving? An economic evaluation of RAPSID: a randomized controlled trial of peer support in diabetes compared to usual care alone in East of England communities. BMJ Open Diabetes Research & Care. 2017;5:e000328.

7.
Loubière S, Loundou A, Auquier P, Tinland A. Psychiatric advance directives facilitated by peer workers among people with mental illness: economic evaluation of a randomized controlled trial (DAiP study). Epidemiology and Psychiatric Sciences. 2023;32:e27. doi:10.1017/S2045796023000197.

8.
Husereau D, Drummond M, Augustovski F, et al. Consolidated Health Economic Evaluation Reporting Standards 2022 (CHEERS 2022). BMJ. 2022;376:e067975.

9.
TOMO. Pair-aidance en oncologie : Analyse des échanges de la plateforme Parlons-nous. Analyse quantitative et qualitative des échanges depuis 2023. Rapport interne, juin 2026.

10.
TOMO. Patient Listening : Comprendre la voix des patients pour transformer les parcours de soins. Exemple d’analyse qualitative du vécu patient dans le diabète de type 1. Rapport interne, 2026.


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