Cette solitude ne veut pas dire que les proches ne sont pas présents. Elle peut venir du sentiment de ne pas être compris, de devoir protéger les autres, ou de ne pas savoir à qui parler de ce que l’on ressent vraiment.
Parce que la maladie change les repères
Même lorsque l’annonce permet enfin de comprendre ce qui se passe, elle peut faire apparaître de nouvelles questions :
“Qu’est-ce que cela va changer ?”
“Est-ce que je vais pouvoir continuer comme avant ?”
“Comment en parler ?”
“Est-ce que les autres vont comprendre ?”
Ce moment peut être très chargé émotionnellement. Le patient doit intégrer beaucoup d’informations, parfois rapidement, tout en continuant à vivre sa vie quotidienne.
L’Organisation mondiale de la Santé rappelle que la solitude est un enjeu de santé publique : environ 1 personne sur 6 dans le monde déclare ressentir de la solitude. Ce chiffre ne concerne pas uniquement les personnes malades, mais il montre que ce sentiment est fréquent et qu’il mérite d’être pris au sérieux.
Après un diagnostic, cette solitude peut être renforcée par l’incertitude, la fatigue, les symptômes invisibles ou la peur d’inquiéter ses proches.
Selon l’OCDE, plus d’un tiers des adultes dans l’Union européenne, soit 35 %, déclaraient vivre avec une maladie ou un problème de santé de longue durée en 2023. Ce chiffre rappelle que les maladies au long cours sont fréquentes. Pourtant, lorsqu’on les vit, certaines difficultés restent très personnelles et parfois difficiles à expliquer.
C’est souvent ce décalage qui renforce l’isolement : les autres voient une personne qui continue à travailler, sourire ou répondre aux messages, mais ne voient pas toujours l’effort que cela demande.
Oui, ce ressenti est légitime
La maladie chronique demande souvent un travail d’adaptation : comprendre ce qui arrive, intégrer de nouvelles informations, gérer les rendez-vous, composer avec l’incertitude et parfois revoir certains repères du quotidien.
Ce processus prend du temps. Il peut y avoir des jours où l’on se sent solide, et d’autres où tout semble plus lourd. Ce n’est pas un échec.
Les proches peuvent vouloir rassurer trop vite : “Ça va aller”, “Il faut rester positif”, “Ne t’inquiète pas”. Ces phrases partent souvent d’une bonne intention, mais elles ne répondent pas toujours au besoin du patient.
Parfois, avant d’être rassuré, on a simplement besoin que quelqu’un reconnaisse que la situation est difficile.
Dit simplement : la maladie peut réduire les occasions de lien, mais aussi rendre plus difficile le fait de se sentir compris dans les liens existants.
C’est pourquoi la solitude après un diagnostic ne doit pas être minimisée. Elle peut être le signe d’un besoin d’écoute, d’information, de lien ou de soutien plus adapté.
Selon les situations, cet espace peut être un professionnel de santé, un psychologue, une association de patients, un groupe d’échange, un proche de confiance ou un pair-aidant.
L’important est de ne pas rester seul avec des questions ou des émotions qui deviennent trop lourdes.
En effet, parler avec quelqu’un qui est déjà passé par là peut aider à se sentir moins seul, à poser des mots sur ce que l’on vit et à retrouver des repères concrets.
Selon la Haute Autorité de Santé, elle repose sur le savoir expérientiel : une connaissance issue du vécu, qui peut être mobilisée pour soutenir d’autres personnes confrontées à des réalités proches.
Un pair-aidant ne remplace pas un médecin, un psychologue ou un professionnel de santé. Il ne donne pas de conseil médical personnalisé. Mais il peut offrir une écoute différente : celle d’une personne qui comprend certaines étapes parce qu’elle les a traversées.
Ce ressenti mérite d’être entendu. Des espaces existent pour en parler, notamment avec des personnes qui ont traversé une expérience similaire.
Parler avec quelqu’un qui comprend ne résout pas tout. Mais cela peut déjà aider à se sentir moins seul.
World Health Organization. “Social connection linked to improved health and reduced risk of early death.”
OECD. “Chronic conditions and disabilities among adults: Health at a Glance: Europe 2024.”
Haute Autorité de Santé. “La pair-aidance dans les organisations sanitaires, sociales et médico-sociales — Note de cadrage.”
Iovino P, Vellone E, Cedrone N, Riegel B. “A Middle-Range Theory of Social Isolation in Chronic Illness.” Nursing Science Quarterly, 2023.
Thompson DM, et al. “Peer support for people with chronic conditions: a systematic review of reviews.” BMC Health Services Research, 2022.