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Parcours patient : repérer les ruptures pour mieux accompagner les patients

Publié le 23/07/2026

Un parcours patient ne se limite pas aux consultations, examens ou traitements. Il comprend aussi les temps d’attente, les transitions, le retour à domicile, la compréhension des informations, l’impact sur la vie quotidienne et les moments où le patient ne sait plus vers qui se tourner. 

Ces zones de fragilité sont souvent peu visibles dans l’organisation formelle des soins. Pourtant, elles peuvent influencer la confiance, l’adhésion au parcours et la capacité du patient à rester engagé dans la durée. 

En France, 13,8 millions de personnes affiliées au régime général de l’Assurance Maladie étaient en affection de longue durée en 2024. Dans ce contexte, mieux identifier les points de rupture et les besoins non couverts devient un enjeu central pour les acteurs de santé.

Parcours patient : repérer les ruptures pour mieux accompagner les patients

Comprendre les points de rupture dans un parcours patient
Un parcours patient désigne l’ensemble des étapes vécues par une personne dans le cadre de sa santé : symptômes, diagnostic, orientation, traitement, suivi, coordination, quotidien avec la maladie et accompagnement. Il peut être bien organisé sur le plan médical, tout en restant difficile à vivre pour le patient.

La Haute Autorité de Santé rappelle que l’expérience patient correspond à ce que les personnes perçoivent de leurs soins, de leur accompagnement ou de leur parcours. Cette définition invite à analyser le parcours non seulement du point de vue des professionnels, mais aussi du point de vue de ce que les patients comprennent, ressentent et vivent concrètement.

Des ruptures parfois peu visibles
Un point de rupture est un moment où le patient rencontre une difficulté insuffisamment anticipée ou accompagnée : manque d’information, perte de repères, sentiment d’isolement, changement d’interlocuteur, difficulté d’accès à une ressource ou absence de relais.

Ces ruptures apparaissent souvent dans les transitions : attente du diagnostic, annonce, début d’un traitement, effets indésirables, sortie d’hospitalisation, retour au travail, rechute ou suivi au long cours. Elles ne sont pas toujours visibles mais pèsent fortement sur l’expérience patient.

Le cas des maladies rares : un exemple de rupture prolongée
Les maladies rares illustrent bien la notion de rupture dans le parcours. En France, elles concernent plus de 3 millions de personnes. Le ministère de la Santé indique qu’en Europe, le délai moyen de diagnostic est de 4,7 ans ; 60% des patients sont d’abord diagnostiqués avec une autre maladie ; 25% doivent consulter au moins 8 professionnels de santé avant d’obtenir un diagnostic.

Ces chiffres montrent que la rupture ne se limite pas à un événement ponctuel. Elle peut durer plusieurs années, avec des conséquences concrètes : errance, perte de confiance, fatigue administrative, isolement et besoin accru de repères humains.

Un impact sur l’engagement et l’observance
Identifier les points de rupture est aussi important pour soutenir l’engagement du patient. Dans son rapport sur l’adhésion aux traitements de long terme, l’OMS estime que, dans les pays développés, environ 50% des patients atteints de maladies chroniques suivent correctement leur traitement.

La non-observance ne relève pas seulement d’un “manque de motivation”. Elle peut être liée à la complexité du traitement, aux effets secondaires, au manque de compréhension, à la faible littératie en santé, à la situation sociale, à l’absence de soutien ou à la qualité de la relation avec les professionnels.

Une méta-analyse publiée dans Medical Care a montré qu’une mauvaise communication médecin-patient est associée à un risque de non-adhérence supérieur de 19%. À l’inverse, les interventions visant à améliorer la communication des médecins augmentent les chances d’adhésion des patients. L’expérience patient a donc un intérêt concret : elle peut influencer la compréhension, la confiance et l’appropriation du parcours.

Identifier les besoins non couverts des patients

De nombreux dispositifs d’accompagnement existent déjà : éducation thérapeutique, supports d’information, plateformes digitales, infirmiers de coordination... Ils sont utiles, mais ils ne couvrent pas toujours les besoins vécus entre les temps médicaux.

Des besoins pratiques, émotionnels et sociaux
Les besoins non couverts sont souvent très concrets : comprendre les informations reçues, gérer la fatigue, reprendre le travail, parler de la maladie à ses proches, anticiper les effets secondaires, faire face à l’incertitude ou savoir quelles questions poser au prochain rendez-vous.

Ces sujets ne sont pas secondaires. Ils influencent la manière dont le patient vit son parcours, demande de l’aide, suit les recommandations ou reste engagé dans la durée. Pourtant, ils sont parfois peu abordés en consultation, faute de temps ou de cadre adapté.

Des données utiles, mais insuffisantes seules
Les données quantitatives permettent de suivre des éléments importants : délais, recours aux soins, taux de participation, satisfaction, observance, nombre de contacts ou orientation dans le parcours. Mais elles ne disent pas toujours pourquoi un patient décroche, se sent perdu ou n’utilise pas un dispositif.

Une revue systématique publiée dans BMJ Open, portant sur 55 études, a montré des associations positives entre expérience patient, sécurité des soins et efficacité clinique dans plusieurs contextes. Cela confirme que le vécu patient ne doit pas être traité comme un simple ressenti, mais comme une dimension utile pour comprendre et améliorer la qualité des parcours.

Le risque des dispositifs trop descendants
Un programme patient peut être bien conçu sur le papier, mais rester peu utilisé s’il ne répond pas aux besoins réels. Les dispositifs trop descendants transmettent de l’information, mais ne permettent pas toujours aux patients d’exprimer ce qu’ils vivent, ce qu’ils comprennent mal ou ce qui leur manque.

L’enjeu n’est donc pas seulement de produire plus de contenus. Il est d’identifier les moments où l’accompagnement doit être renforcé : annonce, initiation du traitement, retour à domicile, transition, rechute, reprise professionnelle ou adaptation au quotidien.

Intégrer l’expérience vécue dans l’amélioration des parcours

L’expérience vécue permet de mieux repérer les besoins qui échappent aux données classiques. Elle peut être recueillie par des entretiens, questionnaires, retours associatifs, verbatims, groupes patients, patients partenaires ou dispositifs de pair-aidance.

Patients partenaires : un cadre HAS précisé en 2026
Le guide publié par la HAS en 2026 sur le partenariat en santé et les patients partenaires ne crée pas cette approche, mais en précise le cadre. Il rappelle que les patients partenaires peuvent intervenir dans les parcours de santé et de soins, notamment pour l’accompagnement des personnes, l’éducation thérapeutique, la prévention, le recueil de l’expérience patient et le renforcement du pouvoir d’agir.

Pair-aidance : faire émerger les besoins vécus
La pair-aidance en santé repose sur le partage d’expérience entre une personne ayant vécu une maladie, un handicap ou une situation de vulnérabilité, et une autre personne confrontée à une situation similaire. Elle ne remplace pas l’accompagnement médical, mais apporte un soutien complémentaire fondé sur le vécu, l’écoute et l’identification.

L’échange avec un pair peut aider le patient à formuler ses questions, à se sentir moins seul, à mieux comprendre certaines étapes du parcours ou à identifier ce qui doit être discuté avec un professionnel de santé.

Une revue systématique de revues publiée dans BMC Health Services Research sur le soutien entre pairs dans les maladies chroniques a identifié 31 publications éligibles. Les auteurs ont recensé plusieurs composantes fréquentes des interventions : soutien social, soutien psychologique, soutien pratique, empowerment, information, changement de comportement, encouragement, suivi de la maladie et adhésion au traitement. Ils soulignent toutefois que l’efficacité du soutien entre pairs reste difficile à établir précisément, notamment en raison de l’hétérogénéité des interventions, des définitions et des critères d’évaluation.

Structurer et encadrer : l’exemple d’un dispositif comme TOMO
Dans un dispositif comme TOMO, la pair-aidance repose sur un cadre clair : les patients partenaires sont sélectionnés, formés et accompagnés dans leur rôle. Les échanges ne remplacent pas le suivi médical et ne donnent pas lieu à un avis thérapeutique. Leur objectif est d’apporter un soutien complémentaire fondé sur l’écoute, le vécu et l’identification.

Ce cadre permet d’intervenir à des moments où le besoin de repères est souvent fort : après l’annonce, avant ou pendant une étape importante du parcours, au retour à domicile, lors d’une période d’incertitude ou lorsque le patient ressent le besoin d’échanger avec une personne ayant vécu une situation similaire.

Conclusion
Identifier les points de rupture dans un parcours patient suppose de regarder au-delà de l’organisation théorique des soins. Les difficultés les plus importantes se situent souvent entre les rendez-vous : attente, incompréhension, isolement, retour à domicile, fatigue, transition ou adaptation au quotidien.

Pour les acteurs de santé, mieux comprendre ces moments permet de concevoir des parcours plus lisibles, plus utiles et plus proches des besoins réels. Les patients partenaires et la pair-aidance peuvent y contribuer, à condition d’être intégrés dans un cadre clair, formé, sécurisé et évalué.

FAQ

Qu’est-ce qu’un parcours patient ?
Un parcours patient désigne l’ensemble des étapes vécues par une personne dans le cadre de sa santé : diagnostic, soins, traitements, suivi, accompagnement, vie quotidienne et interactions avec les différents acteurs du système de santé.

Qu’est-ce qu’un point de rupture dans un parcours patient ?
Un point de rupture est un moment où le patient rencontre une difficulté insuffisamment anticipée ou accompagnée : manque d’information, isolement, perte de repères, absence de relais ou difficulté pratique.

Comment identifier les besoins non couverts des patients ?
Ils peuvent être identifiés grâce aux entretiens patients, questionnaires, retours associatifs, verbatims, données d’expérience patient, patients partenaires et échanges issus de dispositifs d’accompagnement.

Pourquoi la pair-aidance peut-elle être utile dans un parcours patient ?
La pair-aidance permet à un patient d’échanger avec une personne ayant vécu une situation similaire. Elle apporte un soutien complémentaire fondé sur l’écoute, l’identification et le partage d’expérience, sans remplacer le soin médical.

Comment mesurer l’impact d’un dispositif de pair-aidance ?
L’impact peut être mesuré à partir d’indicateurs comme l’utilité perçue, le sentiment d’isolement, la compréhension du parcours, la satisfaction, la recommandation et la qualité de l’accompagnement ressenti.

Sources :
Assurance Maladie — Les bénéficiaires du dispositif des affections de longue durée en 2022 et les évolutions depuis 2005
Ministère du Travail, de la Santé, des Solidarités et des Familles — Les maladies rares
Organisation mondiale de la Santé — Adherence to long-term therapies: evidence for action
Medical Care / PubMed — Zolnierek K.B.H., DiMatteo M.R., Physician communication and patient adherence to treatment: a meta-analysis
BMJ Open — Doyle C., Lennox L., Bell D., A systematic review of evidence on the links between patient experience and clinical safety and effectiveness
Haute Autorité de Santé — Partenariat en santé et patients partenaires
Haute Autorité de Santé — Expérience patient et savoir expérientiel : deux notions à clarifier pour renforcer l’engagement ou la participation
PubMed Central — Thompson D.M. et al., Peer support for people with chronic conditions: a systematic review of reviews


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