Le pair-aidant apporte une forme de soutien particulière : il ne parle pas seulement de la maladie en théorie, mais à partir de ce qu’il a lui-même vécu. Cette proximité d’expérience peut faciliter la parole et aider une personne à trouver des repères dans une situation parfois difficile à expliquer à son entourage.
Son rôle ne consiste toutefois ni à donner des consignes ni à reproduire son propre parcours chez l’autre. Il transforme son expérience en ressource, dans un cadre où l’écoute, le respect des choix et les limites de son intervention doivent rester explicites.
EN BREF
Le pair-aidant écoute, partage avec discernement les enseignements de son propre parcours, apporte des repères pratiques et aide une personne à exprimer ses besoins. Il ne donne pas d’avis médical et ne décide pas à sa place. Son rôle est complémentaire de celui des professionnels de santé.
Quel est le rôle d’un pair-aidant dans le domaine de la santé ?
Le pair-aidant accompagne une personne confrontée à une expérience de santé proche de celle qu’il a lui-même vécue. Il mobilise les connaissances et les compétences acquises au contact de la maladie, du handicap, du traitement, du rétablissement ou de l’accompagnement d’un proche.
La
Haute Autorité de santé décrit ainsi la pair-aidance comme
un soutien apporté par un tiers ayant connu une situation similaire et ayant transformé son vécu en connaissances utiles. Elle souligne la complémentarité de cette
expertise expérientielle avec celle des professionnels [1].
Selon le dispositif, le pair-aidant peut intervenir lors d’échanges individuels, dans un groupe de parole, au sein d’une association, d’un établissement ou d’une plateforme digitale. Ses missions précises peuvent varier, mais elles s’organisent généralement autour de six fonctions.
Écouter et créer un espace de parole
La première mission du pair-aidant est d’écouter. La personne accompagnée peut parler de ses inquiétudes, de ses difficultés quotidiennes ou de sujets qu’elle n’aborde pas facilement avec ses proches ou pendant une consultation.
Parce qu’il connaît certaines réalités de l’intérieur, le pair-aidant peut comprendre rapidement ce que des mots comme fatigue, incertitude, effets indésirables, regard des autres ou retour à la vie quotidienne recouvrent concrètement. Cette proximité ne signifie pas qu’il sait exactement ce que l’autre ressent : chaque parcours reste singulier.
Partager son expérience avec discernement
Le pair-aidant peut raconter ce qu’il a vécu, les difficultés qu’il a rencontrées et les ressources qui l’ont aidé. Ce partage n’est utile que s’il répond au besoin de la personne accompagnée.
Il ne raconte donc pas toute son histoire et ne présente pas ses choix comme un modèle. Il distingue clairement son expérience personnelle d’une information générale ou d’une recommandation médicale.
Apporter des repères pratiques
La vie avec une maladie soulève de nombreuses questions qui dépassent le traitement : comment préparer un rendez-vous, parler de la situation à ses proches, organiser le quotidien, reprendre une activité ou trouver une association adaptée ?
Le pair-aidant peut partager des façons de faire, des questions à se poser ou des ressources qu’il connaît. Ces repères ouvrent des possibilités ; ils ne constituent ni des instructions ni des solutions universelles.
Aider la personne à exprimer ses besoins
Un échange avec un pair-aidant peut aider une personne à clarifier ce qui la préoccupe et à identifier les sujets qu’elle souhaite aborder avec son équipe soignante.
Le pair-aidant peut, par exemple, l’aider à préparer ses questions ou à mettre des mots sur une difficulté. Il ne répond pas à la place du professionnel et n’intervient pas dans la décision médicale.
Soutenir le pouvoir d’agir
Le pair-aidant n’agit pas à la place de la personne accompagnée. Il l’aide à reconnaître ses propres ressources, à envisager différentes possibilités et à reprendre une place active dans son parcours.
Son expérience peut également représenter une source d’espoir : non pas parce que les deux parcours auront la même évolution, mais parce qu’elle montre qu’il est possible de traverser certaines étapes et de construire de nouveaux repères.
Orienter lorsque le besoin dépasse son rôle
Le pair-aidant doit savoir reconnaître les situations qui nécessitent l’intervention d’un professionnel ou d’un service spécialisé. Il peut alors encourager la personne à contacter son équipe soignante, une association, un service social ou une ressource d’urgence.
Cette capacité à réorienter n’est pas un retrait de l’accompagnement : elle fait partie intégrante de son rôle et contribue à sécuriser la relation.
Quelle posture doit adopter un pair-aidant ?
Le rôle du pair-aidant repose autant sur sa posture que sur son expérience. Avoir vécu une situation similaire ne suffit pas, à lui seul, pour accompagner une autre personne dans un cadre structuré.
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Écouter sans jugement. Le pair-aidant accueille la parole sans minimiser les difficultés ni imposer sa manière de voir.
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Respecter l’autonomie. La personne accompagnée reste libre de ses choix et de la manière dont elle souhaite avancer.
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Partager avec mesure. Le vécu du pair-aidant est une ressource mobilisée en fonction du besoin de l’autre, pas le centre de l’échange.
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Rester à sa juste place. Il distingue l’expérience personnelle de l’expertise médicale, psychologique ou sociale.
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Respecter la confidentialité. Les informations partagées pendant l’échange ne doivent pas être diffusées en dehors du cadre prévu.
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Reconnaître ses propres limites. Le pair-aidant peut demander de l’aide, interrompre un échange ou solliciter le référent du dispositif lorsqu’une situation le met en difficulté.
Ce qu’un pair-aidant ne fait pas
Le partage d’une expérience de santé ne donne pas au pair-aidant une compétence médicale. Même lorsqu’il connaît très bien une pathologie ou un traitement, son expérience personnelle ne peut pas être généralisée à une autre personne.
- Il ne pose pas de diagnostic.
- Il ne recommande pas, ne prescrit pas et ne modifie pas un traitement.
- Il n’interprète pas des symptômes, des résultats d’examen ou une évolution clinique.
- Il ne remplace pas un médecin, un psychologue, un infirmier, un pharmacien ou un travailleur social.
- Il ne promet pas que ce qui a fonctionné pour lui produira le même résultat chez une autre personne.
- Il ne décide pas à la place de la personne accompagnée.
POINT DE VIGILANCE
En cas de symptôme inquiétant, d’aggravation, de détresse importante ou d’urgence, le pair-aidant doit orienter la personne vers son équipe soignante ou les services compétents. La pair-aidance ne constitue pas une réponse médicale ou psychologique d’urgence.
Un pair-aidant peut-il donner des conseils ?
Le mot « conseil » peut créer une ambiguïté. Un pair-aidant peut partager ce qu’il a appris, expliquer ce qui l’a aidé et proposer des pistes de réflexion. Il peut aussi transmettre des informations pratiques ou orienter vers des ressources fiables.
En revanche, il ne doit pas formuler de consigne, en particulier lorsqu’elle concerne un traitement, un symptôme ou une décision de santé. Une formulation comme « voici ce que j’ai vécu et les questions que cela m’a conduit à poser » respecte mieux son rôle qu’une affirmation comme « voici ce que vous devriez faire ».
Comment le pair-aidant complète-t-il le rôle des professionnels ?
Le professionnel de santé apporte une expertise clinique : il évalue une situation, établit un diagnostic, propose un traitement et assure le suivi médical. Le pair-aidant apporte une expertise du vécu : il connaît les ajustements, les émotions et les questions qui peuvent apparaître entre les consultations.
Ces expertises ne sont ni interchangeables ni concurrentes. La pair-aidance peut aider la personne à mieux formuler ses besoins, à préparer ses questions et à identifier ce qu’elle souhaite ensuite aborder avec les professionnels.
Lorsque le pair-aidant intervient dans une organisation de santé, son rôle, ses responsabilités et les modalités d’orientation doivent être connus de l’équipe. La
HAS identifie précisément la clarification de ces éléments comme un enjeu pour structurer les pratiques [1].
Pair-aidant et patient partenaire : quelle différence ?
Le pair-aidant intervient principalement dans une relation de soutien avec une personne confrontée à une expérience proche. Le
patient partenaire peut exercer des missions plus larges aux côtés des professionnels : amélioration des parcours, formation, recherche ou participation à des projets de santé.
Une même personne peut exercer ces deux rôles dans des contextes différents. Lorsqu’elle accompagne directement un autre patient grâce à son vécu, elle intervient en tant que pair-aidant. La HAS distingue également la pair-aidance du périmètre principal de son guide consacré aux patients partenaires [6].
Pourquoi la formation et l’accompagnement du pair-aidant sont-ils essentiels ?
La formation aide le pair-aidant à transformer son vécu en ressource sans projeter son histoire sur l’autre. Elle doit notamment aborder l’écoute active, la confidentialité, les limites du rôle, l’orientation des situations sensibles et la protection de la personne accompagnée.
Un accompagnement continu est tout aussi important. Les échanges peuvent réveiller des souvenirs difficiles, susciter un sentiment de responsabilité ou exposer le pair-aidant à une charge émotionnelle importante.
Une revue systématique publiée en 2025, portant sur 72 études relatives à l’expérience des pairs-aidants dans les maladies chroniques, relève à la fois le sens donné à ce rôle, le développement de compétences et des difficultés comme la charge émotionnelle, les interactions complexes et le manque de clarté des missions. Les auteurs considèrent la formation, le soutien et la définition du rôle comme des conditions indispensables [5].
Dans quels cadres un pair-aidant peut-il intervenir ?
Le rôle varie selon le dispositif. Un pair-aidant peut intervenir bénévolement, comme salarié ou dans un autre cadre professionnel [2]. Il peut accompagner une personne en face à face, par téléphone, en visioconférence ou par messages.
Il peut également animer un groupe de parole, participer à une permanence associative ou intervenir au sein d’un établissement sanitaire, social ou médico-social. Un proche ayant accompagné un membre de sa famille peut aussi devenir pair-aidant familial afin de soutenir d’autres proches confrontés à une situation comparable.
Une revue de revues consacrée aux maladies chroniques montre d’ailleurs que les interventions de soutien entre pairs peuvent associer plusieurs composantes : soutien social, émotionnel, pratique et informationnel, encouragement, motivation ou renforcement du pouvoir d’agir [4]. Toutes ne relèvent pas nécessairement du même pair-aidant ni du même dispositif.
Quel est le rôle des pairs-aidants sur TOMO ?
TOMO est une plateforme de pair-aidance digitale qui permet d’intégrer l’expérience patient comme un levier structurant du parcours de soins. Elle organise des échanges individuels avec des pairs-aidants sélectionnés, formés et accompagnés.
Leur rôle consiste à écouter, partager avec discernement leur expérience et apporter des repères pratiques sur le quotidien. Lorsque la situation dépasse leur champ d’intervention, ils orientent la personne vers une ressource ou un professionnel adapté.
Les échanges peuvent avoir lieu par visioconférence, par téléphone ou par messages, dans un cadre gratuit et confidentiel pour les personnes accompagnées. Ils ne constituent pas un avis médical.
Ce que montrent les retours recueillis par TOMO
Dans les questionnaires de satisfaction recueillis en 2026 par TOMO, 98% des 202 rendez-vous évalués ont été jugés utiles : 91% « très utiles » et 7% « utiles ».
Un mois après leur échange, parmi 58 répondants, 95% ont évalué la réponse apportée à leurs besoins à au moins 8 sur 10. Par ailleurs, 88% ont évalué le soutien émotionnel reçu à 9 ou 10 sur 10 [7].
À RETENIR
Le pair-aidant n’est ni un soignant de remplacement ni un simple témoin. Il mobilise son expérience dans une posture d’écoute, avec un rôle défini, des limites explicites et un accompagnement adapté.
Une expertise du vécu, complémentaire aux soins
Le rôle du pair-aidant repose sur une expertise particulière : celle de la vie avec la maladie, le handicap ou une autre situation de santé. Cette expérience peut devenir une ressource lorsqu’elle est mise au service de l’autre avec recul et discernement.
Sa valeur ne réside pas dans la capacité à fournir une réponse médicale, mais dans la possibilité d’offrir une écoute, des repères et une compréhension du quotidien. Lorsqu’il est clairement défini, formé et accompagné, ce rôle peut trouver une place complémentaire dans le parcours de soins.
Questions fréquentes
Que fait concrètement un pair-aidant ?
Il écoute, partage des éléments utiles de son expérience, apporte des repères pratiques, aide la personne à formuler ses besoins et l’oriente vers un professionnel lorsque la situation dépasse son rôle.
Un pair-aidant est-il un professionnel de santé ?
Pas en raison de son rôle de pair-aidant. Il peut par ailleurs exercer un métier de santé, mais il doit alors distinguer clairement ses différentes fonctions. Dans l’échange de pair-aidance, il n’établit pas de diagnostic et ne donne pas d’avis médical.
Le pair-aidant doit-il avoir exactement la même maladie ?
Pas toujours. Selon le dispositif, la mise en relation peut reposer sur une pathologie, une étape de traitement, une situation familiale ou une expérience quotidienne comparable. La proximité doit être suffisamment pertinente pour faciliter la compréhension mutuelle.
Un pair-aidant peut-il parler de son traitement ?
Il peut raconter son expérience personnelle d’un traitement si cela répond au besoin de l’échange. Il doit préciser qu’il s’agit de son vécu et ne pas en tirer de recommandation pour une autre personne.
Les pair-aidants sont-ils obligatoirement formés ?
Les pratiques varient selon les contextes et les statuts. Dans un dispositif structuré, une formation à l’écoute, à la confidentialité, à la posture et aux limites du rôle constitue un critère essentiel de qualité.
Un proche aidant peut-il devenir pair-aidant ?
Oui. Une personne ayant accompagné un proche malade ou en situation de handicap peut mobiliser cette expérience pour soutenir d’autres proches confrontés à une situation comparable. On parle alors notamment de pair-aidant familial.
Le pair-aidant peut-il être bénévole ou salarié ?
Oui. Selon la structure et les missions, un pair-aidant peut intervenir bénévolement, être salarié ou exercer dans un autre cadre professionnel. Son statut ne dispense pas de définir clairement son rôle et ses responsabilités.
Sources :
[1]
Haute Autorité de santé. La pair-aidance dans les organisations sanitaires, sociales et médico-sociales - Note de cadrage, 20 janvier 2025.
[2]
Psycom. L’entraide et la pair-aidance. Mise à jour du 1er juillet 2026. [3]
Organisation mondiale de la Santé. One-to-one peer support by and for people with lived experience. WHO QualityRights guidance module, 2019.
[4]
Thompson D. M. et al. Peer support for people with chronic conditions: a systematic review of reviews. BMC Health Services Research, 2022;22:427.
[5]
Braun A., Löwe B., Uhlenbusch N. Peer Support in Chronic Conditions from the Peer Supporters’ Perspective: A Systematic Review. Psychosocial Intervention, 2025;34(3):175-188.
[6]
Haute Autorité de santé. Partenariat en santé et patients partenaires. Guide et fiches pratiques, 30 juin 2026.
[7] TOMO. Questionnaires de satisfaction post-rendez-vous et à un mois, données internes 2026, n = 202 et n = 58.