Un premier cancer, puis une récidive
Marie-Christine a 54 ans. Elle est mariée et maman de deux grandes filles. En 2017, elle a été diagnostiquée d’un cancer du sein hormonodépendant.
Elle a alors traversé les traitements : chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie. Puis elle a pensé que la maladie était derrière elle.
“Je pensais que la maladie était derrière moi.”
En mars 2022, lors d’un contrôle, une récidive lui a été annoncée.
“La nouvelle a été difficile à encaisser. On croit que c’est derrière nous et puis tout recommence. Et là, on sait ce qui nous attend.”
Au départ, cette récidive a été considérée comme hormonodépendante. Marie-Christine a pris un traitement pendant quatre mois, mais elle sentait que quelque chose n’allait pas. Son état empirait, et elle ne se sentait pas entendue dans ses douleurs et ses doutes.
“Je sentais que quelque chose ne va pas. Mon état empire et je ne me sens pas entendue dans mes douleurs et mes doutes.”
Elle a alors décidé de changer d’oncologue. De nouveaux examens ont montré que la récidive était en réalité triple négative, avec une progression de la maladie.
Ce moment a été particulièrement difficile.
“J’ai ressenti beaucoup de colère à ce moment-là. Et j’ai eu très peur. Le mot métastases tournait dans ma tête.”
Marie-Christine est ensuite repartie dans un traitement lourd, avec chimiothérapie, immunothérapie, puis radiothérapie ciblée. Elle est en rémission complète depuis juin 2023. Elle a poursuivi l’immunothérapie en traitement d’entretien, arrêtée en juin 2026 en raison d’une toxicité pulmonaire.
“Je ne voulais plus subir la maladie”
Ce parcours, notamment au moment de la récidive, a marqué un tournant.
“Le parcours chaotique que j’ai traversé lors de ma récidive m’a poussée à devenir actrice de mon parcours de soin.”
Marie-Christine explique qu’elle ne voulait plus seulement subir les décisions, les traitements et les étapes de la maladie. Elle avait besoin de reprendre une place plus active dans son parcours.
“Je ne voulais plus subir la maladie. Je crois que c’est là que le déclic s’est réellement fait.”
Aujourd’hui, ce déclic l’a conduite vers la pair-aidance. Ce qui la touche, c’est de pouvoir mettre son expérience au service d’autres personnes malades, sans leur imposer de réponse.
“Ce qui me touche aujourd’hui, c’est de pouvoir mettre mon expérience au service d’autres malades, sans leur dire ce qu’ils doivent faire, mais en les aidant à trouver leurs propres réponses.”
La pair-aidance : écouter sans juger
Avec ses mots, Marie-Christine définit la pair-aidance simplement.
“Pour moi, la pair-aidance, c’est être à l’écoute du malade, accueillir sa parole et ses émotions.”
Pour elle, la pair-aidance n’est pas là pour remplacer les professionnels de santé. Elle ne consiste pas à conseiller, orienter ou décider à la place de la personne malade.
Elle permet plutôt d’être présente dans un moment difficile, avec une écoute fondée sur l’expérience vécue.
“C’est être là dans un moment difficile et l’accompagner afin qu’il trouve ses propres réponses.”
Marie-Christine sait combien les patientes peuvent avoir besoin de repères lorsqu’elles traversent un parcours de soins difficile, incertain ou éprouvant.
“Je crois que la plupart des malades ont besoin de repères.”
Échanger avec quelqu’un qui a traversé des épreuves proches peut alors devenir précieux. Non pas parce que les parcours sont identiques, mais parce qu’il existe une compréhension particulière entre personnes concernées.
“Échanger avec quelqu’un qui a traversé les mêmes épreuves et qui comprend est précieux pour toute personne malade.”
Un espace pour déposer ses émotions
Ce que Marie-Christine pense pouvoir apporter aux patientes qu’elle accompagne, c’est d’abord un espace d’écoute.
Un espace où l’on peut poser des questions, exprimer ses doutes, parler de ses peurs ou de sa colère, sans avoir peur d’être jugée.
“Il y a ce besoin d’un espace où déposer ses émotions, poser ses questions ou faire part de ses doutes sans peur d’être jugé.”
Elle évoque aussi un autre besoin : celui de retrouver parfois un peu d’espoir.
Cet espoir n’est pas une promesse. Il ne s’agit pas de dire que tout ira bien, ni de minimiser ce que la personne traverse. Il peut simplement naître d’un échange avec quelqu’un qui connaît de l’intérieur certains moments du parcours.
Une écoute structurée, avec des limites claires
La formation TOMO a permis à Marie-Christine de poser un cadre sur son rôle de patiente partenaire.
“La formation TOMO allie enseignement théorique et pratique à travers des jeux de rôle.”
Elle explique que cette formation lui a appris à mieux structurer son écoute, à ne pas orienter la personne accompagnée et à respecter les limites de son rôle.
Ces limites sont essentielles. Une patiente partenaire ne remplace pas un médecin, un psychologue ou un autre professionnel de santé. Son rôle est différent : écouter, accueillir, partager une expérience et aider la personne à avancer dans ses propres questions.
Son message à une personne qui hésite
À une personne qui hésite à parler avec une patiente partenaire, Marie-Christine adresse un message simple.
“Échanger avec une patiente partenaire, c’est pouvoir parler à quelqu’un qui connaît l’expérience de la maladie.”
Ce n’est pas toujours facile de faire cette démarche. On peut ne pas savoir quoi dire, avoir peur d’être submergée, ou se demander si ses questions sont légitimes.
Mais pour Marie-Christine, l’intérêt de cet échange est justement là : pouvoir parler librement, avec une personne qui écoute sans jugement.
“Quelqu’un qui est là pour vous écouter, sans jugement et sans vous dire ce que vous devez faire.”
Conclusion
Le témoignage de Marie-Christine rappelle qu’un parcours de cancer ne se résume pas aux traitements. Il y a aussi les doutes, les douleurs, les décisions, la colère, la peur, le besoin d’être entendue et l’envie de reprendre une place active dans son parcours.
La pair-aidance ne remplace pas le suivi médical. Mais elle peut offrir un espace différent : un temps d’échange avec une personne qui connaît l’expérience de la maladie et qui peut accueillir la parole sans jugement.
Comme le dit Marie-Christine, il ne s’agit pas de dire aux autres quoi faire, mais de les aider à trouver leurs propres réponses.